Le Rapport sur les Medias et le Numérique, rapport de la mission Giazzi, embrasse la totalité des effets du Numérique sur les Contenus (presse, télévision, radio) mais étreint fort mal le sujet de la Création Audiovisuelle.
A sa décharge, les mutations engendrées par le numérique produisent des effets très différents selon qu’il s’agisse des modèles économiques ou des relations entre les media et leur public, selon qu’il s’agisse de la presse, dont le nombre de titres s’est beaucoup réduit, ou de la télévision, où le nombre des acteurs explose. Dans un cas, l’audiovisuel, l’Etat est à la fois opérateur et régulateur, dans l’autre, ses schémas d’intervention sont extrêmement différents.
Mais qu’allaient-ils faire
dans cette galère-gageure ? Essayer de créer des Champions Nationaux
ou plutôt Internationaux.
La lettre de mission du Président de la République appelait à « encourager
la performance économique », hélas le Rapport confond la performance
et la taille.
De grands groupes pourraient, comme le Rapport l’appelle de ses vœux, devenir les « pôles structurants » du secteur, à condition d’être ceux qui « investissent » dans la création.
Or pour les chaînes de télévision issues de l’analogique, le défi du numérique les conduit à baisser la voilure et à annoncer la diminution de leur coût de grille, à renégocier à la baisse leurs investissements en programmes pour faire face à une dispersion des téléspectateurs et à la baisse actuelle des recettes publicitaires. L’augmentation de leurs droits patrimoniaux et leur montée au capital de sociétés de production sont certes leur revendication, mais elles visent à accroître leurs droits sur leurs programmes, pas à en susciter davantage.
Seule la rentabilité directe des industries de programmes permettra à ses entreprises de faire des succès mondiaux. Il nous manque davantage de succès mondiaux : plus de dessins animés diffusés sur des chaînes de télévision américaines, plus de films comme La Môme, qui s’adressent aux spectateurs du monde entier, plus de documentaires comme le héros Manchot qui séduisent toute la planète ! Il faut des créations championnes du monde, des séries, des films et rien ne prouve que ce soient des entreprises de taille mondiale qui les génèrent !
Les aventures successives de
Canal + puis de Vivendi aux USA ont bien montré qu’il ne fallait
pas commencer par les structures et les éléphants mais par les conditions
de productions mondiales, tout plein de petits manchots.
Pourquoi préconiser des « achats
européens » pour remplacer nos productions originales, pourquoi ne
pas s’interroger sur les rigidités qui nous empêchent d’exporter
nos programmes ? quitte pour cela à parfois lever des tabous : pourquoi
le Rapport n’évoque-t-il pas le blocage qu’a crée la limitation
des obligations des chaînes aux seules productions en langue française ?
il ne retient des décrets Tasca que ce qui agace les diffuseurs, soit ;
mais avant ces décrets, des productions françaises, avec des réalisateurs
français, des comédiens français étaient diffusées sur les chaînes
américaines, de véritables coproductions se tournaient au Canada ou
en Europe. Et si c’est la performance économique et la mise en valeur
de nos talents qui sont visées, ces séries y contribuaient largement.
Si les programmes ne sont pas rentables, la taille des groupes n’y
changera rien : mieux un groupe est géré moins il accepte les « danseuses »,
les activités déficitaires et les centres de pertes.
Le plafond de verre qui, toujours selon le Rapport, limite la croissance des PME du secteur, tient à la fois à l’étroitesse du marché français résultant des politiques de blocage du niveau de la redevance depuis une dizaine d’années, de freinage de la croissance des investissements publicitaires à la télévision dans l’espoir malthusien de protéger la presse écrite ainsi qu’aux décalages de trésorerie que les diffuseurs imposent à leurs fournisseurs : les producteurs.
Oui il faut aider les diffuseurs de l’analogique à passer le cap de la remise en cause de leur modèle de fonctionnement, mais ce qui crée de la valeur ce sont nos programmes qui, coup de chance, créent aussi du plaisir !
La Netscouade
Votre post est vraiment intéressant. En fait, si comparaison n'est pas raison, j'ai le sentiment que l'industrie audiovisuelle se trouve dans une situation identique de la fin de l'age d'or des Studios américains, à la fin des années 1960 : déperdition du public tout à la fois à cause de la télévision (aujourd'hui internet, jeux vidéos, etc.) et de la déconnexion des dirigeants d'avec le public, et particulièrement le jeune public. A l'époque, les Studios ont laissé place à de nouveaux créateurs, plus en phase avec la société. S'ouvrit alors ce qui a été appelé "Le Nouvel Hollywood".
A lire les premières pages du livre de Peter Biskind. Le parallèle est assez saisissant. Les talents existent : encore faut-il le chercher avec un peu d'intensité...
Rédigé par: Michel | 08.10.2008 à 12H34